La ville de Bejaia
célébrera cette année, le 15 mars 2006, au Théâtre Régional , le 600e
anniversaire de la mort du grand historien et sociologue maghrébin du XIVe
siècle, Abderrahmane Ibn Khaldoun (Tunis 1332-Le Caire 1406). Sous
l’impulsion du Conseil exécutif de l’UNESCO en sa 171e session, beaucoup de
pays comme l’Égypte, l’Afghanistan, la Tunisie, le Maroc, la France et les
USA, commémoreront aussi la vie et l’œuvre du père de la sociologie.
Concernant l’Algérie, en plus de la capitale des Hammadides, d’autres villes
telles que Tiaret et Constantine rappelleront également au souvenir l’auteur
de la Muqqadima (les prolégomènes).
Mais si les habitants de Bejaia
ont plus que tout autre à cœur, d’unir l’histoire de leur ville à celle du
grand penseur du XIVe siècle, c’est parce que cet homme y a effectué de
nombreux séjours, surtout entre 1352 et 1354, c’est parce qu’il a écrit sur
les Berbères et sur la ville et c’est aussi qu’il y a exercé auprès de
l’Emir Abdellah les fonctions de chambellan (hardjeb), dont le rôle
consistait à diriger l’administration de l’État et à servir d’intermédiaire
entre le souverain et ses grands officiers.
Et pour que le colloque qui
examinera la vie et l’œuvre de l’illustre hôte de Bejaia médiévale soit à la
hauteur du mérite de cet homme exceptionnel, plusieurs administrations et
institutions de la ville, telles la wilaya, l’APW, l’APC, les directions des
affaires religieuses, du tourisme, de la culture, de la circonscription
archéologique de Bejaia ainsi que la société civile représentée par
l’association Gehimab et celle d’El Alaouia apporteront chacune en ce qui la
concerne, leur contribution pour l’organisation et la réussite de la
manifestation. La célébration de l’événement sera, souligne M. Djamil
Aïssani, président de l’association Gehimab, qui prépare activement sa
contribution à l’enrichissement du colloque, marquée surtout, en plus des
expositions sur le séjour d’Ibn Khaldoun à Béja, par les débats qui
s’instaureront à la suite des conférences qui seront données par des
intervenants qui se sont intéressés de très près à la vie et à l’œuvre d’Ibn
Khaldoun.
Les thèmes retenus pour les
cinq conférences grand public sont :
1) Influence des séjours à Bejaia d’Ibn Khaldoun dans la formation de sa
pensée historique et sociale,
2) Ibn Khaldoun et l’histoire des Berbères,
3) Ibn Khaldoun : l’homme politique et l’enseignant,
4) Ibn Khaldoun, les mathématiques et les savants de Bejaia,
5) Mouloud Mammeri et l’œuvre d’Ibn Khaldoun.
Notons que la série des
interventions sera suivie par une visite de la mosquée de la Casbah,
actuellement transformée en annexe de la Bibliothèque nationale, où Ibn
Khaldoun avait enseigné la jurisprudence et d’autres disciplines. Cette
visite sera guidée par deux responsables de la circonscription
archéologiques de Bejaia.
Alger :
Commémoration du 6e centenaire de la mort d’Ibn Khaldoun
La Bibliothèque nationale lui consacre plusieurs journées d’études
(Le Jeune Indépendant 15 février 2006)
En plus de son programme
culturel et artistique touchant différents domaines, la Bibliothèque
nationale d’Algérie a choisi cette année un thème des plus important lié à
un personnage hors pair. Il s’agit d’Ibn Khaldoun, le père de la sociologie.
A l’occasion du sixième centenaire de son décès, durant toute l’année 2006,
des conférences, des rencontres et débats, des projections de films
documentaires seront programmés pour faire connaître les œuvres et la vie de
cet homme qui était à la fois historien et sociologue avant la lettre des
sociétés arabe, berbère et perse. De son vrai nom, Abou Zeïd Abderrahmane
est né le 27 mai 1332 et mort au Caire le 19 mars 1406. Il est issu d’une
famille de notables originaires d’Andalousie. Cet illustre historien et
philosophe d’Afrique du Nord, se considérant lui-même comme Arabe, se
réclamait d’une lignée remontant à l’Hadramout, en la 10e année de l’Hégire.
Ibn Khaldoun est descendant d’une famille arabe yéménite établie en
Andalousie dès le VIIIe siècle, puis émigrée à Tunis. Il passa une partie de
son existence à la cour mérinide, remplissant diverses fonctions politiques
auprès des sultans de Tunis et de Fès, (ce dernier ayant pour Premier
ministre l’écrivain Ibn Al-Khatib, avec lequel Ibn Khaldoun a entretenu
longtemps des relations de rivalité amicale), puis du souverain de Grenade.
Ibn Khaldoun
a eu un impact mesuré sur la culture et la pensée arabes. Il a introduit la
notion d’histoire cyclique fondée sur des facteurs profanes générés par
l’affaiblissement naturel des générations sédentarisées, héritières des
conquérants nomades, mais que la richesse et le mode de vie urbain
entraînèrent dans un cycle inexorable de décadence. Ibn Khaldoun,
comme ses prédécesseurs, a d’abord eu une carrière de courtisan et de
ministre et a réussi la performance de savoir changer à temps de maître,
servant successivement les Hafsides tunisiens, les Mérinides de Bougie et de
Fès, les Abd El-Wadides de Tlemcen, le sultan de Grenade et celui d’Égypte.
Il a aussi été ambassadeur auprès du roi de Castille, Pierre le Cruel, et du
terrible Timor Lang (Tamerlan). Les différents souverains, impressionnés par
ses capacités et sa vaste culture, lui pardonnèrent pendant un certain temps
sa versatilité et ses trahisons.
Mais
vint un moment où, définitivement discrédité auprès des cours du Maghreb, il
se lança dans une carrière militaire, en prenant le chemin du désert où il
devint recruteur auprès des terribles bédouins hilaliens. C’est alors qu’il
se consacra désormais à l’histoire et à la science politique, où le
réalisme, acquis dans ses activités administratives et militaires, lui
permit d’analyser avec esprit critique les différentes traditions observées
ou opinions recueillies.
Par exemple, c’est lui qui raconta le plus en détail l’histoire de la
Kahina. Fort de son expérience politique et militaire, il a pratiqué la
critique historique de faits relatés par les auteurs même renommés qui l’ont
précédé. Ainsi ramena-t-il à des proportions raisonnables leurs
affirmations exagérées pour en relever les histoires absurdes, comme celle
de cette ville d’Arabie entièrement construite d’or, d’argent et de rubis,
mais invisible, sauf pour les hommes de haute dévotion et les magiciens.
En outre, ayant changé si souvent de maître, il manifesta dans ses écrits
une grande indépendance d’esprit, qui le distingua des grands chroniqueurs
du Moyen-Âge chrétien, comme Joinville et Commines qui, bien qu’eux aussi au
contact du terrain, ne servaient qu’un seul monarque et ne nous ont laissé
que des versions améliorées de leurs règnes.
Ibn
Khaldoun critiqua, par ailleurs, l’école historique arabe dont les œuvres
avaient tendance à se limiter aux généalogies un peu sèches des familles
régnantes. Il estimait qu’une place plus large aurait dû être accordée au
déroulement des faits sociaux expliquant la naissance, la durée et la
disparition des différentes dynasties étudiées. Enfin, à la différence des
auteurs chrétiens de son époque, Ibn Khaldoun fut à même d’appréhender les
événements avec objectivité, car il était fort peu porté à moraliser. En
1352, il entra en qualité de secrétaire au service du sultan Abou Ishaq.
Durant
cette même année, une guerre éclata entre l’émir de Tunis et celui de
Constantine. Ibn Khaldoun mit à profit cette guerre pour aller se reposer à
Biskra. En 1354, il revint à Tunis et épousa une fille de famille influente.
Il se rendit à Fès pour parachever sa formation intellectuelle. Il y
réussit, grâce à sa très grande intelligence, à se faire nommer secrétaire
principal du sultan Abou Inan. Mais celui-ci, influencé par certains
courtisans hostiles à Ibn Khaldoun, fit jeter ce dernier en prison en 1356.
Ibn Khaldoun fut libéré après la mort du sultan Abou Inan et devint cadi
malékite pour ensuite partir à Grenade (Espagne) en 1362. C’est à Grenade
qu’Ibn Khaldoun se lia d’amitié avec le philosophe Ibn Khatib (1313-1374).
Après plusieurs péripéties, en 1374 Ibn Khaldoun décida d’embarquer pour
Grenade. Muhammad V se débarrassa de lui en le faisant débarquer au port de
Honeïn (Tlemcen), le livrant ainsi à la merci d’Abou Hammou, émir Abdelwadid
Wanzammar, chef d’une puissante tribu arabe. L’émir de Tlemcen profita de
l’occasion pour le charger encore une fois d’une mission à Biskra. Mais en
cours de route, il renonça à cette tâche et s’établit dans une forteresse
appartenant à son protecteur Wanzammar, la qalaâ de Beni Salama située sur
un piton à proximité de Taghazaout, aux
environs de Frenda (Tiaret)
où il composa la Mouqadima et une partie de l’Histoire
des Berbères.
Tiaret ,
Frenda & Taoughazout commémorent le 6ème centenaire
(17 mai 2006 (APS-POOL-UMA)
Les habitants
de Taoughzout, un hameau situé à 3 km de la ville de
Frenda,
ont en mémoire une foule d'histoires sur toutes les grottes
entourant leur village et qui avaient, un jour, offert
refuge, paix, sérénité et inspiration à Cheikh Abderrahmane
Ibn Khaldoun, il y a près de six siècles, pour rédiger son
oeuvre monumentale "La Mouqadima".
Ils continuent,
depuis 1982, date de la tenue du premier colloque
international consacré à la vie et à l'oeuvre de cet
illustre penseur, de jeter un regard plein de respect aux
lieux qu'ils appellent la "M'qama". Pour cette année, la
pensée et l'apport au patrimoine universel d'Ibn Khaldoun
feront l'objet d'un colloque international de deux jours (16
et 17 mai) à Tiaret.
Les jeunes de
la localité, représentant environ la moitié de la population
de Taoughzout et qui ont en majorité déserté les bancs des
écoles depuis des années, continuent d'écouter, avec
délectation, les paroles du guide local quand il
évoque, pour des délégations officielles en visite dans la
région, le séjour d'Ibn Khaldoun dans ces grottes.Ce guide
éclairé, considéré comme un connaisseur et une référence
locale solide dans le domaine de l'histoire des grottes de
Taoughzout, gère l'annexe de la Bibliothèque nationale
"Jacques Berque" de Frenda. Il a exploré les six siècles qui
ont fait le patrimoine de la région et qui avaient vu le
fondateur de la sociologie moderne y élire domicile durant
l'apogée de la dynastie des Beni Salama, une descendance des
Beni Hilal.
Ce guide est
parvenu à reconstituer, grâce à des études poussées, l'arbre
généalogique des Beni Salama. Il croit qu' Ibn Khaldoun,
avait mené l'essentiel de ses travaux sur la théorie du
tribalisme quand il avait côtoyé cette dynastie.Malgré les
600 ans qui nous séparent des Beni Hilal, Taoughzout - un
nom berbère qui signifie "le village paisible ou serein"- a
conservé tous ses attraits naturels qui ont encouragé les
autochtones qui vivaient dans les grottes à s'y installer.
La localité
trône à une hauteur de 1000 mètres au-dessus du niveau de la
mer sur une colline qui permet de balayer du regard un rayon
qui s'étend sur plus de 10 kilomètres. Elle recèle de
nombreux atouts naturels qui attirent les visiteurs, venus
en quête de moments de quiétude, de paix, de sérénité et de
fraîcheur sur les berges de "Oued eL tat" qui affleure la
ville de Frenda, appellation d'origine amazigh, "Idrane" qui
veut dire la "halte bien fournie en eau".
Le relief
vallonné de Taoughzout, fait de bassins versants et de
plaines verdoyantes, a favorisé l'installation de nombreuses
tribus dans la région qui abritait, durant une certaine
période, jusqu'à 20.000 âmes.Une étude de l'Agence nationale
des ressources hydrauliques (ANRH) a prouvé l'existence d'un
potentiel hydrique important dans la région, ce qui
explique, selon elle, l'origine des grottes et autres
cavernes, nées de l'action érosive des eaux de ruissellement
sur les roches. Cet indice a d'ailleurs poussé les
responsables du secteur à décider la réalisation d'un
barrage d'une capacité d'un million de mètres cubes pour
relancer le développement local, note-t-on. Le guide qui
connaît tous les secrets du coin puisqu'il le sillonne pour
le ratisser des dizaines de fois par mois, soutient que le
silence et la sérénité qui baignent les grottes sont des
facteurs qui prouvent qu'Ibn Khaldoun a rédigé sa
"Mouqadima" durant sa retraite dans la région.
"Il y
avait trouvé paix et quiétude grâce à la protection que lui
garantissait Mohamed Ben Salama II, fondateur de la
citadelle qui l'avait entouré d'un système de défense
infaillible, contre les guerriers berbères", indiquera-t-il.
L'orateur soutient qu'Ibn Khaldoun, grâce à son expérience
dans le domaine de la guerre, de la science et de la
politique, avait ressenti le désir d'émancipation et de
progrès chez les autochtones qui considéraient le commerce
et le troc de leurs produits agricoles avec leurs voisins de
Tadmourt et Sejilmassa comme un signe de progrès et
d'évolution sociale. Le présent de Taoughzout diffère de son
passé prospère. Ses habitants ne conservent d'Ibn Khaldoun
et des Beni Salama que des bribes de souvenirs.
La mémoire
de la nature est plus fidèle puisqu'elle a gardé intacts des
vestiges de la "Qalaa", de Ain Sebiba et Bab Semour comme
des témoins d'un passé prospère que ne sauraient enterrer
les ans.La main de l'homme a, quant à elle, agressé le legs
des aïeux. Durant les années 80, l'ancienne mosquée de
Taoughzout, édifiée il y a plus de mille ans, a été démolie,
affirment les habitants qui rappellent que des îlots de
l'ancien village où vivent encore 76 familles sont toujours
visibles dans la zone archéologique. Le guide affirme que
les dégradations qu'ont subies les vestiges de la région
sont le résultat de l'instabilité des populations vivant
sous la menace des guerres et qui s'étaient lancées dans une
perpétuelle transhumance. "Les expéditions scientifiques
pour prospecter la région n'ont pas cessé même durant les
pires années du colonialisme français. Augustin Berque fut
le premier à "dépoussiérer" les vestiges de Taoughzout et à
entamer une véritable recherche sur Ibn Khaldoun. (...)
Ibn Khaldoun
a vécu de longues années à Taoughzout, une localité de
Frenda. Et pour lui rendre cet honneur l'ancienne capitale
des rostomides (Tiaret) a baptisé de son nom son université
en attendant de lancer le projet de création d'un centre de
recherche sur sa vie. Un projet dont le lancement coïncidera
avec la tenue du colloque international dédié à Ibn
Khaldoun.