Célébration du 6e centenaire
de la disparition d'Ibn Khaldoun à travers le monde

Tunisie célèbre en grande pompe l'historien maghrébin (28.02.2006) (Source http://www.lematin.ma)
Des manifestations culturelles,
scientifiques et artistiques seront organisées en Tunisie au cours de l'année
2006 et ce, à l'occasion du 6e centenaire du décès d'Ibn Khaldoun.Au programme
de cet événement, des colloques, conférences, et concours ouverts aux élèves,
ainsi que des expositions à l'étranger. L'UNESCO abritera une exposition
archéologique et patrimoniale et une journée d'information sur le célèbre savant
et sociologue. La Tunisie participera à l'exposition qui sera organisée
par l'Espagne sous le thème: «Ibn Khaldoun et la Méditerranée au XIVe siècle» du
11 mai au 30 septembre 2006 à Séville.
En Tunisie, le programme national comprend une exposition archéologique et
patrimoniale itinérante qui démarrera le mois d'avril prochain avec pour contenu
des pièces de musée, des photos choisies des sites, villes et écoles dans
lesquels avait enseigné Ibn Khaldoun et qui relatent sa vie.Une exposition
documentaire sera également organisée à partir du mois de mai 2006, comprenant
des manuscrits d'Ibn Khaldoun conservés à la Bibliothèque nationale, des photos
des plus anciens manuscrits déposés dans les plus grandes bibliothèques du
monde, des copies des traductions de «l'Introduction d'Ibn Khaldoun» dans
différentes langues et des extraits des études les plus connues sur sa pensée et
de ses théories.Les deux expositions comportent une «carte pédagogique
numérisée», retraçant les périples et voyages effectués par Ibn Khaldoun dans
différents pays et régions. Le programme sera également marqué par un concours
ouvert aux élèves des classes terminales de l'enseignement secondaire portant
sur une dissertation philosophique sur la pensée d'Ibn Khaldoun et ses théories
sociologiques et historiques, un autre concours spécial pour les enfants ayant
pour thème: «Les enfants commémorent Abderrahmane Ibn Khaldoun», ainsi qu'un
symposium scientifique international sur «Ibn Khaldoun, sources de la
modernité».
La commémoration en Tunisie du 6e
centenaire de la mort du célèbre savant et sociologue Abderrahmane Ibn Khaldoun,
outre sa valeur épistémologique, est une occasion d'affirmer que les cultures se
valent et qu'elles ne peuvent s'enrichir que par leur interférence et
interaction.Au programme de cette commémoration, qui s'étale sur toute l'année
2006, des manifestations culturelles et scientifiques, des expositions
archéologiques, documentaires et patrimoniales itinérantes mettant en relief les
œuvres d'Ibn Khaldoun et ses voyages dans différents pays. Des conférences
traitant de la contribution de ce philosophe au développement des recherches
scientifiques et sociologiques ont déjà débuté, et d'autres manifestations
démarreront à partir du mois d'avril ou mai 2006 en Tunisie et à l'étranger
(Unesco et Espagne).
Cette initiative démontre, également, que la culture arabo-musulmane n'a jamais
rejeté l'apport d'autres civilisations et que par leur osmose, les cultures
progressent et grandissent au profit de l'humanité tout entière. Et c'est aussi
par le partage du savoir que les découvertes scientifiques se multiplient et les
connaissances, tant expérimentales que livresques, se développent.Des
observateurs constatent que les pourfendeurs de la civilisation arabo-musulmane
et des autres cultures, ainsi que les chantres du «choc des cultures», vont à
rebours de l'évolution et ignorent que toute découverte devient patrimoine de
l'humanité. Aussi, Louis Pasteur n'a-t-il pas affirmé que « la science n'a pas
de patrie».Au XIVe siècle, le pionnier Ibn Batouta, le grand voyageur et
géographe auteur du «Journal de route», a contribué à enrichir le savoir en
apportant sa pierre à l'édifice et des réponses aux attentes des chercheurs
assoiffés, pas d'argent, mais du savoir. Pour Ibn Batouta, comme Ibn Khaldoun,
ce qui compte c'est l'enquête ou l'investigation menée selon une approche
privilégiant «la proximité» et il est inutile d'effleurer les questions ou de
les traiter «intra-muros» par ouï-dire dans les tours d'ivoire, mais de se
déplacer sur le terrain pour y recueillir des informations de première main et
des témoignages, d'observer les comportements collectifs et individuels, les
modes de vie in visu et in situ, faire des comparaisons et étudier les us et
coutumes des sociétés.
Certains penseurs se distinguent par leurs connaissances encyclopédiques, leur
polyvalence et leur « touche à tout» car ils sont, en même temps, sociologues,
historiens, sociolinguistes, ethnologues, anthropologues, chroniqueurs,
philosophes, médecins, juristes... Ibn Khaldoun, par exemple, né à Tunis, a
assumé des fonctions politique (secrétaire principal du Sultan Abou Inan à Fès)
et juridique (Cadi malékite).Les recherches démontrent que les cultures donnent
et reçoivent. Elles ne s'entre-déchirent pas ou vivent en autarcie. Leur osmose
permet d'approfondir la réflexion, de porter un regard neuf sur la vie,
combattre les effets pervers et battre en brèche les courants obscurantistes et
les mentalités archaïques et rétrogrades. Dire qu'une culture est supérieure à
une autre, c'est se tromper d'époque ou répandre intentionnellement des
contrevérités en vue de nuire ou ravaler le mérite et l'apport des autres
cultures et civilisations.La culture arabo-musulmane n'a jamais été fermée aux
apports des autres cultures. Aussi, les œuvres d'Ibn Sina (Avicenne) et
d'Al-Razi n'ont-elles pas contribué à l'enrichissement des cursus et pratiques
médicaux en Occident ? Chacune de ces étapes est fertile en créations et
innovations. Et l'hommage rendu aux penseurs et précurseurs de diverses
sensibilités et confessions prouve que l'humanité est redevable envers ceux qui
ont légué des chefs-d'œuvre aux générations futures.
Maroc :
Conférence à Rabat : «La scène culturelle au Maroc à l'époque d'Ibn Khaldoun
(Source http://www.lematin.ma)
La scène culturelle au Maroc à
l'époque d'Ibn Khaldoun», a été le thème d'une conférence animée, mercredi à la
Faculté des lettres et des sciences de Rabat, par le professeur Ali El
Idrissi.Cette manifestation fait suite à une série de conférences organisées par
le ministère de la Culture dans plusieurs villes du Royaume, en deux sessions au
cours du mois d'avril et mai prochain. Ces conférences sont animées par des
spécialistes, marocains et étrangers, des études et des recherches sur la pensée
d'Ibn Khaldoun, à l'occasion du 600e anniversaire du décès de ce grand penseur
et savant maghrébin.
Le conférencier a entamé son intervention par un exposé sur les conditions
politique et sociologique ayant marqué l'époque d'Ibn Khaldoun, ainsi que les
principales composantes du paysage culturel du Maroc au cours de cette période.
Ces composantes se déclinaient, selon l'intervenant, en des interférences
civilisationnelles notamment l'établissement du système de l'État, ou encore
dans les styles d'urbanisme social et politique, la prolifération des écoles et
leur fonction scientifique, académique et sociale, ainsi que l'apparition des
Zaouayas et leur contribution dans l'encadrement de la société.
Il a souligné à cet égard l'extension du soufisme et son influence sur les
diverses catégories sociales, signalant le rôle des Sultans mérinides dans
l'orientation de la scène culturelle au Maroc, ainsi que celui des savants de
l'époque. Abordant le génie d'Ibn Khaldoun, reconnu comme le père de la
sociologie moderne, l'intervenant a indiqué que ce grand savant a été l'auteur
de la «théorie cyclique des civilisations rurales ou bédouines ('umran badawi)
et urbaines ('umran ha dari)».
Grand critique des systèmes de l'enseignement de l'époque, Ibn Khaldoun
affirmait que l'éducation est le seul moyen pour développer une société. Ibn
Khaldoun n'a pas manqué également de donner une description minutieuse de la
société marocaine à cette époque. Selon le conférencier, Ibn Khaldoun ne s'est
pas contenté du seul constat de la civilisation arabo-islamique.Loin de là, sa
science a été une valeur ajoutée en élaborant de nouvelles lois régissant la vie
sociale, économique, culturelle et scientifique des sociétés islamiques. En
dépit de son sens critique très élevé, de sa nomination à la magistrature
malékite et sa perception négative de la philosophie, Ibn Khaldoun s'est
toujours préoccupé des questions politiques et spirituelles de la période et est
resté ouvert à toutes les connaissances et cultures de son époque, a conclu le
conférencier.
Rencontre internationale dont l'objectif est d'analyser le XIVème , de présenter l'œuvre d'Ibn Khaldoun et ses apports à la connaissance du monde musulman de son époque. Pendant trois jours, Grenade sera la scène de débats qui se tiendront dans plusieurs endroits de la ville et qui seront dirigés par des personnalités du monde culturel de renom mondial. C'est un point de rencontre pour les spécialistes, pour s'interroger sur le présent à l'aide d'une réflexion sur cette œuvre exemplaire. Outre les thèmes propres à l'œuvre khaldounienne, les problèmes liés au progrès en général, aux cycles et aux crises, ainsi que les rôles respectifs des différentes instances économiques, sociales et culturelles dans l'évolution de la société occuperont une place importante. La rencontre tournera autour des aspects politiques, sociaux et économiques qui, à partir du XIVème s, déterminent une nouvelle structure de l'équilibre des pouvoirs dans la Méditerranée et qui, d'une certaine façon, se reflètent dans les problématiques qui agitent le début de ce XXIème s. Les voyages, les découvertes scientifiques, le monde des guerres et leurs mercenaires, et les grandes pandémies qui frappèrent le XIVème s, se reflètent de façon inespérée en ce début de siècle.
Depuis ses origines, Séville a toujours été un important port fluvial entre l'Atlantique et l'intérieur de l'Andalousie, et un carrefour de chemins entre celle-ci et le reste de la Péninsule, d'où son importance stratégique et les distinctes dominations auxquelles elle fut soumise tout au long de son histoire.
Ce sera avec la chute du califat de Cordoue (1035) que Séville devint une entité politique à part entière avec l'absorption par les abbasides de nombreux royaumes taïfas, comme ceux de Carmona ou de Cordoba. Le royaume musulman de Séville perdra son indépendance à la fin du XIème s lorsqu'il sera rattaché au royaume de l'almoravide Yusuf Ibn Tasufin (1091), puis en 1246, à celui de l'almohade Abu Ya'qub Yusuf, qui favorisa l'essor politico – économique et urbain de la ville et qui la gouverna jusqu'à sa conquête par Ferdinand III de Castille en 1248.
Les conquêtes territoriales provoquent
une période de migrations et de
mouvements de population. Ainsi, selon
Manuel González Jiménez,
"la conquête de l'Andalousie par la
Castille fut beaucoup plus qu'un fait
purement militaire. Le résultat le plus
évident fut la substitution graduelle de
la population autochtone par des colons
chrétiens venus de toutes parts. Cet
exode quasiment massif permet de parler,
comme le fera l'historien tunisien
d'origine sévillane Ibn Khaldun, de la
"grande immigration" ou de l'expulsion
générale de la population qui suivit la
conquête de toutes les grandes villes
d'Andalousie".
Des individus issus de tout le royaume -
galiciens, asturiens, basques,
castillans, vieux et nouveaux, sans
compter les minorités mudéjares et
juives- rejoindraient alors la ville et
donneraient à la population de Séville
une nouvelle configuration. Les
musulmans de la ville, quant à eux,
furent expulsés par Ferdinand III, ce
qui n'empêcha pourtant pas le retour de
quelques uns de ces groupes dans Séville
qui, pour la plupart, furent cantonnés
dans le quartier de l'Adarvejo, entre
les paroisses de San Pedro et de Santa
Catalina, tandis que certaines familles,
beaucoup plus réduites, allèrent
s'installer dans d'autres zones de la
ville jusqu'à sa conversion massive au
christianisme.
Un recensement de Séville datant du
milieu du XIVème s nous indique qu'à
cette époque la ville comptait environ
15.000 habitants – ce qui la situait
parmi les plus grandes villes du royaume
-, un chiffre assez similaire à celui
qu'elle put avoir au moment du premier
repeuplement et qui explique ce
caractère cosmopolite et pluriel qui fut
toujours sien. Dans ses rues et
édifices, à peine altérés par le
conquérant chrétien, les nouveaux
habitants coexistaient sans grands
problèmes avec les coutumes et la
culture de la population musulmane qui
continuait de résider dans la zone. La
capitale du royaume, à ce moment,
s'était sans aucun doute convertie en
l'un des centres politiques les plus
importants d'Europe et en un point
primordial d'échange de marchandise et
du savoir, sans oublier les magnifiques
productions artisanales qui sortaient de
ses ateliers.
A cette époque, les mosquées furent transformées en lieu de culte chrétien. Ainsi de la grande mosquée almohade édifiée au XIIème, maintes fois amplifiée et transformée, sur laquelle on élèvera, un siècle et demi plus tard la cathédrale qui sera l'emblème de la Séville chrétienne. De nos jours, les seuls restes de la mosquée que l'on puisse contempler sont le Patio des Orangers et le minaret, la Giralda. Durant l'étape médiévale, le roi Pierre Ier construit un palais mudéjar (XIVème) dans l'espace fortifié du vieil alcazar islamique. Le Real Alcazar de Séville, siège de l'exposition Ibn Khaldoun et témoin de la rencontre de cet historien tunisien avec le monarque Pierre Ier le Cruel, forme un ensemble monumental d'une grande beauté, qui est aussi l'enceinte la plus ancienne en usage qui se soit conservée des monarchies hispaniques et européennes.
La ville de Séville fut le réceptacle des multiples influences artistiques qui naquirent en parallèle et qui se mélangèrent à d'autres traditions, comme par exemple celle du populaire art gothico –mudéjar. Elle devint également un foyer culturel de première importance lorsqu'elle se consolida comme l'un des grands centres d'impression de livres.