Le colloque international sur la pensée de J Berque
à travers la presse
Le journal "La Nouvelle République 8 juin 2004"
L’orientaliste au grand cœur
A Frenda, les participants au colloque international sur ce philosophe universel se sont déplacés hier, afin d’achever et assister à plusieurs activités commémoratives. Ouvert avant-hier, à la Bibliothèque nationale d’El Hamma, ce colloque international a réuni Jean Sur, l’un des intimes de Jacques Berque et Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre français et maire de Belfort ainsi que plusieurs hommes de pensée algériens et à leur tête Mustapha Chérif, ex-ambassadeur. Immédiatement après la cérémonie d’ouverture, des thèmes liés au parcours intellectuel de Jacques Berque ont été débattus.
Ainsi son ami Jean Sur, lors d’un table ronde, a mis en exergue la contribution de son ami pour faire connaître à la société occidentale, la civilisation musulmane dans ses plus louables prestations spirituelles et humaines. Pour éclairer la portée universelle de cette personnalité, Jean-Pierre Chevènement a parlé de la perception des rapports Nord-sud tels que conçus par Jacques Berque.
Le conférencier s’est expliqué clairement sur la dualité «authenticité, modernité», thème d’un ouvrage signé par Berque et publié aux éditions Gallimard en 1978 sous le titre «L’Islam au temps du monde».
Penseur de l’imbrication universalisant des civilisations, Jacques Berque a été l’âme d’interventions consistantes données par le docteur Boualem Bessaeïh, ancien ministre et ambassadeur (...) et le Dr Abdelkader Djeghloul, chercheur universitaire.
La suite du programme consistera en des conférences portant sur les œuvres d’anthropologie juridique initiées par Jacques Berque. Ce grand thème est largement débattu à Frenda, lieu de naissance de celui-ci en 1910. Rappelons que l’annexe de la Bibliothèque nationale inaugurée en janvier 2004 par le président de la République, abrite diverses activités en hommage à Jacques Berque, en l’occurrence, une vente dédicace du livre de Mustapha Chérif et Jean Sur, portant sur «Jacques Berque : Orient Occident». De même qu’une conférence-débat sur «l’analyse des inconscients collectifs maghrébins» fut animée par certains chercheurs du CRASC.
Il y a lieu de souligner que Jacques Berque s’attela à un travail de recherche en anthropologie, suite à sa mission au Maroc en sa qualité de contrôleur civil des tribunaux indigènes marocains entre 1934-1937. De son côté, le Docteur Amine Zaoui, directeur général de la Bibliothèque nationale a supervisé les activités et les recommandations attendues à l’issue de la clôture de ce colloque international, prévue hier.
Honorer Jacques Berque
C’est en présence de Khalida Toumi, présente durant l’après-midi, que s’est ouvert à la Bibliothèque nationale un colloque international consacré à la vie et à l’œuvre de Jacques Berque (1910-1995), un spécialiste de l’Islam contemporain. Et c’est donc à Boualem Bessaïh, ancien ministre des Affaires étrangères et actuel ambassadeur d’Algérie au Maroc à qui il a été confié la présidence de la séance de la matinée d’hier. La première intervention aura été ainsi la lecture par le célèbre poète Adonis d’un hommage à Jacques Berque. Puis ce fut le tour de l’ancien ministre de l’Intérieur français M. Jean-Pierre Chevènement d’aborder sa communication portant le titre évocateur de «Développement et authenticité selon Jacques Berque : une autre vision de la relation Nord-sud» .
Ensuite, Jean Sur abordera son intervention avec un humour aussi subtil que décapant à propos de «Jacques Berque ou la vérité de l’Oasis».
Quant à Mustapha Chérif, il consacrera lui sa communication autour du rapport de Jacques Berque (qui demeure, rappelons-le, un des plus célèbres traducteurs du Coran) avec l’Islam. Parmi les invités qui ont assisté hier, à l’ouverture du colloque figuraient en bonne place Ali Haroun ainsi que Claudine Chaulet et Zohra Drif.
D’ailleurs, la présence de ces figures historiques témoignera d’une certaine manière, du comportement honorable de l’ancien professeur du collège de France à l’égard de la Révolution algérienne. Enfin, pour ce qui concerne le programme de la journée d’aujourd’hui, il est prévu non seulement le déplacement de l’hommage à Tiaret et à Frenda (le village natal de Jacques Berque) mais aussi la poursuite des travaux du colloque à Alger avec une autre série de communications.
La tribune 06 Juin 2004
«Le passeur des deux rives de la Méditerranée»
Pour la première fois en Algérie, un colloque international est consacré au penseur et à l’un des rares traducteurs du Coran, Jacques Berque
«Jacques Berque était à la recherche d’une coopération Nord-sud à travers une méthode tout à fait opposée à celle employée de nos jours. Je crois qu’il serait malheureux de ce qui se passe actuellement en Irak», dira dans son intervention, l’ancien ministre français Jean-Pierre Chevènement, lors de l’inauguration du Colloque international sur l’œuvre de Jacques Berque organisé par le ministère de la Culture depuis hier (il sera clôturé aujourd’hui) à la Bibliothèque nationale d’El Hamma, en présence de Mme Berque et de son fils.
Il revient aussi sur le concept de «l’authenticité» développé par le penseur. «Il réconciliait la connaissance de l’identité et l’esprit radical», assure M. Chevènement en expliquant que Jacques Berque se préoccupait d’une manière particulière du positionnement des religions dans la société moderne, notamment l’islam. «Les Français doivent assumer leur islamité et les musulmans leur francité», disait Jacques Berque. Jean Sur évoque, quant à lui, «l’homme» plus que le savant. Il commencera par raconter quelques anecdotes qu’il avait connues avec Jacques Berque. Des anecdotes qui, selon M. Sur, «renvoient à autre chose qu’à elles-mêmes».
Le penseur, dira-t-il, avait le don de mettre les choses qui n’ont aucun rapport entre elles, en rapport. Il ajoutera que Jacques Berque est un homme de scène et des coulisses. «Tout en étant du côté du fondamental, de la pensée et de la philosophie, il est aussi du côté de l’apparence, de ce que voit l’œil». Pour sa part, Mustapha Chérif, se concentre sur les raisons de l’intérêt qu’a porté le défunt penseur à l’islam.
«Le penseur a gardé sa foi chrétienne et pourtant, il a tenu à ce que les autorités religieuses musulmanes soient présentes aux côtés des autorités religieuses chrétiennes le jour de ses obsèques. Avant sa mort, il a demandé à ce qu’on lise sourate el Fatiha sur sa tombe».
L’intérêt de Berque à l’islam se traduisait par la nécessité d’assimiler le contenu du Coran où «il y a une domination commune où tous les peuples du monde se reconnaissent». Le seul moyen, affirmait-il, pour comprendre l’attitude et la mentalité des Arabes tout en rejetant, toutefois, les concepts de «l’intégrisme» et «l’islamisme».
«L’islamisme est l’ennemi de l’islam, du Coran et dans l’intégrisme, il n’y a aucun retour de la religion à la spiritualité» Pour finir, les chercheurs se sont rappelés du souhait de Jacques Berque qui proclamait : «J’appelle à des Andalouses toujours recommencées, dont nous portons en nous à la fois les décombres amoncelés et l’inlassable espérance».
L'Agence presse service 05 juin 2004
Jacques Berque, ce fils de l'Algérie qui se voulait être un "pont" entre les deux rives de la Méditerranée, aurait été "très heureux" aujourd'hui de voir une Algérie "sortie des tempêtes, debout et en marche vers la maîtrise de son avenir", a indiqué, samedi à Alger, l'ancien ministre français Jean-Pierre Chevènement..
Au cours du colloque international sur le savant, auteur, traducteur et chercheur Jacques Berque organisé par la bibliothèque nationale, M. Chevènement a précisé que Berque, ce "seigneur de l'esprit", souhaitait solidifier les liens entre l'Algérie et la France en vue de bâtir autour de la Méditerranée de "nouvelles andalousies". Il avait la dimension, selon lui, d'un homme toujours engagé aux cotés du monde arabe et des nations anciennement colonisées.
"En effet, ce traducteur du Coran, de grands textes de la poésie arabe anti-islamique et de poètes irakiens et syriens, tel Adonis, n'était pas un savant seulement, mais avait aussi des positions politiques fermes et j'ose le dire, il était à mes cotés lors de la guerre du Golfe, dont nous avions vécu ensemble les différentes étapes de la crise".
Abordant les problèmes d'actualité de l'heure, le maire de la ville de Belfort (France) ne s'est pas empêché de penser que si Berque vivait encore, "il aurait été très affecté par ce qui se passe actuellement en Irak, mais serait réconforté et rasséréné par la position courageuse du président Jacques Chirac".
Abordant les différentes étapes et attitudes anti-colonialistes de Berque, M. Chevènement soulignera son parti pris total et vigoureux pour l'indépendance de l'Algérie, le refus et la dénonciation du protectorat marocain par cet homme qui se voyait comme un facteur de progrès, convaincu de la nécessité, pour les pays dépossédés, de l'émergence des nationalismes. Considérant l'homme et sa fidélité aux convictions intrinsèques, Chevènement relèvera que Berque n'a jamais dévié de sa ligne de conduite édifiante, en étant entièrement voué à la lutte des peuples qu'il ne faudrait pas "écraser par la force des armes".
Evoquant le point de vue et orientation de Berque sur les politiques des pays en développement, il mentionnera que celui-ci préconisait un développement endogène, en même temps que l'ouverture, en insistant sur une coopération qui permettrait à ces pays, non pas le transfert technologique, mais l'appropriation des outils et méthodes qui conviendraient le mieux à leur développement. Evoquant sa relation personnelle avec cet ancien professeur du collège de France, M. Chevènement reconnaît s'être souvent inspiré de la pensée et de l'analyse "juste et féconde" de Berque, "cet homme des lumières", en faisant souvent appel à lui à travers son itinéraire d'ancien ministre, à la tête de différents départements.
M. Jean Sur, un familier de Berque, a mis l'accent sur les divers aspects de l'homme à travers des anecdotes, dont certaines étaient vécues ensemble, en tirant des analyses révélatrices de la grandeur et de l'éminence de ce savant.
La richesse de sa pensée l'orientait, d'après cet analyste, vers un mouvement de dépassement de la personne, du groupe et de la société pour le conduire à des transcendances fructueuses et à une judicieuse interprétation globale de la vie et des choses. "Cet humaniste très stendhalien, ce défenseur des causes justes, si généreux, si dépourvu de sentiment de supériorité, voulait aimer le monde sans le posséder". Plusieurs autres intervenants, dont Boualem Bessaïh, ont participé à cette rencontre qui prend fin dimanche.
Le journal : El Moudjahid Le 05 juin 2004
Jacques Berque, ce fils de l’Algérie qui se voulait être un “pont” entre les deux rives de la Méditerranée, aurait été “très heureux” aujourd’hui de voir une Algérie “sortie des tempêtes, debout et en marche vers la maîtrise de son avenir”, a indiqué hier à Alger l’ancien ministre français Jean-Pierre Chevènement. Au cours du colloque international sur le savant, auteur, traducteur et chercheur Jacques Berque organisé par la Bibliothèque nationale, M. Chevènement a précisé que Berque, ce “seigneur de l’esprit”, souhaitait solidifier les liens entre l’Algérie et la France en vue de bâtir autour de la Méditerranée de “nouvelles Andalousie”.
Il avait la dimension, selon lui, d’un homme toujours engagé aux côtés du Monde arabe et des nations anciennes colonisées. “En effet, ce traducteur du Coran, de grands textes de la poésie arabe antéislamique et de poètes irakiens et syriens, tel Adonis, n’était pas un savant seulement, mais avait aussi des positions politiques fermes et j’ose le dire, il était à mes côtés lors de la guerre du Golfe, dont nous avions vécu ensemble les différentes étapes de la crise”. Ainsi, abordant les problèmes d’actualité brûlante de l’heure, le maire de la ville de Belfort (France) ne s’est pas empêché de penser que si Berque vivait encore, “il aurait été très affecté par ce qui se passe actuellement en Irak, mais serait réconforté et rasséréné par la position courageuse du président Jacques Chirac”.
Abordant les différentes étapes et attitude anti-colonialistes de Berque, M. Chevènement soulignera son parti pris total et vigoureux pour l’indépendance de l’Algérie, le refus et la dénonciation du protectorat marocain par cet homme qui se voyait comme un facteur de progrès, convaincu de la nécessité, pour les pays dépossédés, de l’émergence des nationalismes. Considérant l’homme et sa fidélité aux convictions intrinsèques, Chevènement relèvera que Berque n’a jamais dévié de sa ligne de conduite édifiante, en étant entièrement voué à la lutte des peuples qu’il ne faudrait pas “écraser par la force des armes”.
Evoquant le point de vue et orientation de Berque sur les politiques des pays en développement endogène, en même temps que l’ouverture, en insistant sur une coopération qui permettrait à ces pays, non pas le transfert technologique, mais l’appropriation des outils et méthodes qui conviendraient le mieux à leur développement. Enfin, évoquant la relation personnelle avec cet ancien professeur du Collège de France, M. Chevènement reconnaît s’être souvent inspiré de la pensée et de l’analyse “juste et féconde” de Berque, “cet homme des lumières,”, en faisant souvent appel à lui à travers son itinéraire d’ancien ministre, à la tête de différents départements. l M. Jean Sur, un familier de Berque, a mis l’accent, pour sa part, sur les divers aspects de l’homme à travers des anecdotes, dont certaines étaient vécues ensemble, en tirant des analyses révélatrices de la grandeur et de l’éminence de ce savant. La richesse de sa pensée l’orientait, d’après cet analyste, vers un mouvement de dépassement de la personne, du groupe et de la société pour le conduire à des transcendances fructueuses et à une judicieuse interprétation globale de la vie et des choses. “Cet humaniste très stendhalien, ce défenseur des causes justes, si généreux, si dépourvu du sentiment de supériorité, voulait aimer le monde sans le posséder”.
Plusieurs autres intervenants, dont MM. Boualem Bessaieh Ali Haroun , ont participé à cette rencontre. Mme Toumi exprime la reconnaissance de l’Algérie à la générosité de Jacques Berque La rencontre internationale sur Jacques Berque, ouverte dans la matinée à la Bibliothèque nationale, s’est poursuivie dans l’après-midi par l’intervention de plusieurs invités, parmi lesquels la ministre de la Culture, Khalida Toumi, et l’universitaire Abdelkader Djeghloul. Mme Toumi a exprimé à cette occasion “la reconnaissance de la République à la générosité de ce grand esprit”. Elle a rappelé à cet égard que Jacques Berque a destiné, par voie testamentaire, à la ville de Frenda une grande partie de sa bibliothèque, “des écrits, des livres de l’érudit et les émotions du poète” qui nous restent de lui. Mme Toumi a salué par ailleurs l’engagement de ce poète aux côtés de l’Algérie en lutte qui fait de lui “l’ami de tous les Algériens et pour toujours”.
“La colonisation lui est apparue très tôt comme une laideur dans l’histoire de l’humanité, plus qu’un anachronisme toujours archaïque, comme une agression à dépasser en préalable à tout”, a t elle soutenu. Elle a en outre mis en exergue le fait que Jacques Berque qui n’a eu de cesse de porter son intérêt au Maghreb et aux Maghrébins (...) se tient comme “l’un des plus grands connaisseurs et auteurs de connaissance de la civilisation de notre monde amazigh, arabe et islamique”. Spécialiste des sciences humaines, Abdelkader Djeghloul a pour sa part, axé sa communication sur “l’intellectuel maghrébin face aux paradoxes de son espace socioculturel à l’heure de la nouvelle modernité”. Développant une approche académique, l’universitaire a ainsi soutenu qu’au regard de l’intellectuel qui tente de comprendre la dynamique de cet espace et d’en dégager un sens “fiable” en termes de prospective, les transformations récentes des sociétés du Maghreb apparaissent “difficilement” lisibles, le plus souvent “déceptives”, en tout cas “paradoxales”.
Sa vie, son œuvre L’écrivain et penseur français, Jacques Berque, né en 1910 à Frenda, wilaya de Tiaret, a vécu 21 ans au Maroc. Après avoir occupé une fonction administrative entre les années trente et le début des années cinquante, il se consacra, à partir de 1957 à la recherche et à l’écriture de l’histoire arabo-islamique. Il occupa par la suite le poste d’expert en éducation auprès de l’ALESCO en Egypte et au Liban (1959) et fut membre de l’Académie arabe du Caire. Entre 1982 et 1995, le chercheur réalisa un essai de traduction du Coran vers le français.
L’écrivain français a, à son actif, plusieurs ouvrages dont Le Maghreb entre deux guerres, 1962, L’Egypte, impérialisme et Révolution, 1967, Les Arabes d’aujourd’hui et de demain, 1969, L’intérieur du Maghreb, 1978, Les Arabes, 1978, Mémoires des deux rives, 1989, Le Coran : essai de traduction de l’arabe annoté et suivi d’une exégétique, 1991, Les Arabes, l’Islam et nous coécrit avec Jean Sur, “Relire le Coran”, 1993 et Adonis, soleils seconds, 1994. Après son décès le 27 juin 1995, nombre de ses œuvres ont été éditées comme “Quel Islam”, 2003, des traductions de poèmes et un recueil de textes politiques qu’il avait écrits entre 1956 et 1995, intitulé Une cause jamais perdue.
Le Journal " La Nouvelle république"
JEAN-PIERRE CHEVÈNEMENT AU COLLOQUE DE JACQUES BERQUE
«L’Algérie est sortie des tempêtes»
Savant laïque et progressiste, Jacques Berque a joué le rôle de passeur entre les deux rives de la Méditerranée.
L’ancien ministre français de la Défense, Jean-Pierre Chevènement, a souhaité que Jacques Berque soit encore vivant pour voir sa terre natale debout et qui va vers la maîtrise de son destin. «Il aurait été très heureux aujourd’hui de voir une Algérie sortie des tempêtes, debout et en marche vers la maîtrise de son avenir», a indiqué, M.Chevènement lors du colloque international sur le savant, auteur, traducteur et chercheur, Jacques Berque organisé à la Bibliothèque nationale (El Hamma).
Cette rencontre hommage à l’un des plus illustres spécialistes du monde arabe,
Jacques Berque, s’est ouverte hier à Alger pour deux jours en présence de
personnalités françaises, arabes et algériennes, dont Jean-Pierre Chevènement,
Jean Sur, Jean Daniel, Adonis, Azzedine Zalani, Boualem Bessaieh, Reda Malek,
Abdelkader Djeghloul, Mustapha Chérif entre autres. Une première du genre à se
tenir en Algérie et s’annonce comme un prélude à un colloque international prévu
en juin 2005, dixième anniversaire de la mort du penseur. Abordant l’actualité
en Irak, celui qui a quitté son poste de ministre de la Défense lors de la
première guerre du Golfe, ne s’est pas empêché également de penser que si Berque
était de ce monde, «il aurait été très affecté par ce qui se passe actuellement
en Irak, mais serait réconforté et rasséréné par la position courageuse du
président Jacques Chirac».
M.Chevènement reconnaît s’être souvent inspiré de la pensée de «ce grand savant»
en faisant appel à lui à travers son itinéraire d’ancien ministre, à la tête de
différents départements. «En effet, ce traducteur du Coran, de grands textes de
la poésie arabe ante islamique et de poètes irakiens et syriens, tel adonis,
n’était pas un savant seulement, mais avait aussi des positions politiques
fermes et j’ose le dire, il était à mes côtés lors de la guerre du Golfe, dont
nous avions vécu ensemble les différentes étapes de la crise». Mustapha Chérif,
philosophe algérien et ancien ministre de l’Enseignement supérieur a mis
l’accent sur le rôle joué par «ce savant français laïque et progressiste» pour
le dépassement des incompréhensions entre les deux rives de la Méditerranée
«souvent maintenues par un discours trompeur».
Pour le philosophe, la question, aujourd’hui est, comment s’ouvrir sur la
modernité tout en restant soi-même. «La possibilité existe pour peu que les
musulmans fassent leur autocritique», a-t-il dit avant de rappeler cette phrase
du défunt Berque : «Le premier danger de la mondialisation sur le musulman est
de se refermer, le deuxième est de s’y
perdre.»
De son côté, Jean Sur, un familier de Berque, a relevé les divers aspects de
l’homme, la richesse de sa pensée qui l’orientait vers un mouvement de
dépassement de la personne, du groupe et de la société pour le conduire à des
transcendances fructueuses. Rappelons enfin que l’hommage se tiendra en deux
parties. La première, à Alger et la seconde, se déroulera aujourd’hui à Frenda,
sa ville natale. Le choix de la date du 5 juin n’est pas fortuit, puisqu’elle
coïncide, à un jour près, avec le 94e anniversaire de la naissance de Berque, le
4 juin 1910 à Frenda.
Jacques Berque, qui est l’auteur de nombreux ouvrages, dont quatre traductions
du Saint Coran, est décédé en juin 1995 en france.
Le Journal " El Moudjahid"
Colloque sur Jacques Berque
«L’Algérie rendra également hommage à Derrida, Bourdieu, Rodinson...»,
annonce M. Zaoui
Les rencontres et expositions seront consacrées à d’autres «fils et amis de l’Algérie et du Maghreb», comme Derrida, Bourdieu, Rodinson..., a annoncé, hier à Alger, le directeur de la Bibliothèque nationale, M. Amine Zaoui, à l’issue des travaux du colloque sur le penseur Jacques Berque.
Au cours de la cérémonie de clôture de ce colloque organisé par la
Bibliothèque nationale, M. Zaoui a précisé que «celui-ci est un hommage de
la nation algérienne à Jacques Berque, car l’Algérie a besoin d’honorer ses
amis, notamment ceux qui l’ont aimée et défendue».
Il a, en outre, souligné que cette rencontre entre dans le cadre d’un
protocole signé entre son institution et la famille Berque, qui aboutira à
la tenue, l’année prochaine, d’un autre colloque sur cet éminent auteur, et
traducteur du Coran, en coordination avec les universités algériennes, les
centres de recherche et des spécialistes algériens, arabes et européens.
«Ce protocole prévoit également le transfert, dans quelques mois, de la
bibliothèque privée ou familiale de Berque à la bibliothèque nationale, ce
qui constituera un riche champ de recherche pour nos chercheurs et
étudiants».
Prenant également part à cette cérémonie de clôture, le Dr Mustapha Chérif a
expliqué, pour sa part, que Berque, «ce sociologue et anthropologue, cet
historien, ce poète et linguiste nous a éclairés par une approche
conceptualiste conforme à notre pensée, tels l’authenticité et l’avenir,
l’arabité et l’islamité, l’unité dans la pluralité, la spécificité et
l’universel...»
«Berque, cet exemple de l’objectivité, ce révolutionnaire de la paix, qui
avait comme modèle très significatif l’Emir Abdelkader, respectait l’autre,
car il nous a approchés à partir de notre propre vision, pour mieux nous
comprendre, en nous reconnaissant le droit à notre mémoire et à notre
généalogie.»
Auparavant, les professeurs Corso et Amar M sont intervenus, l’un en
s’interrogeant sur l’œuvre et la pensée de Berque, et l’autre sur la
«passion» de cet auteur pour la linguistique, l’étymologie et la
lexicologie.
Par ailleurs, la lecture d’un poème du poète syrien, Adonis, dédié à Berque,
Salut à toi, Jacques Berque, s’est déroulée juste avant la clôture de cette
rencontre.
Le journal "Le Matin du 06 juin 2004
Un colloque sur l'oeuvre de Jacques Berque
Une rencontre hommage à l'un des plus illustres spécialistes du monde arabe, Jacques Berque, s'est ouvert hier à Alger pour deux jours en présence de personnalités françaises, arabes et algériennes, dont Jean-Pierre Chevènement, Jean Sur, Jean Daniel, Adonis, Azzedine Zalani, Boualem Bessaieh, Abdelkader Djeghloul, Mustapha Chérif .
Première du genre à se tenir en Algérie, cette commémoration s'annonce comme un prélude à un colloque international prévu en juin 2005, dixième anniversaire de la mort du penseur, a-t-on annoncé de sources proches de la famille du défunt. Ces mêmes sources précisent que le choix de la date du 5 juin n'est pas fortuit puisqu'elle coïncide à un jour près avec le 94e anniversaire de la naissance de Berque, le 4 juin 1910 à Frenda.
Sa femme Giulia a indiqué qu'elle-même, aux côtés de nombreux amis et intimes de Berque, tenait beaucoup à l'organisation d'un tel hommage à son mari, qui avait « à coeur ce pays et qui se sentait à moitié algérien ». L'hommage auquel a beaucoup contribué la ministre de la Culture, souligne-t-on, se tiendra en deux parties. La première, à Alger, verra l'intervention d'amis du défunt, notamment Jean-Pierre Chevènement qui a joué « un rôle capital dans la préservation des archives personnelles » du défunt, Jean Sur, spécialiste de la dimension sociologique de son oeuvre, et Adonis que le défunt a connu au début des années 50.
La seconde partie, dimanche, aura lieu à Frenda, sa ville natale, à laquelle, souligne sa femme, il vouait un « attachement charnel » et dont il avait fait un « élément constitutif de son imaginaire ». La ville de Frenda abrite aujourd'hui une annexe Jacques Berque de la Bibliothèque nationale inaugurée en janvier 2004 par le Président de la République, qui dispose d'un fonds d'un millier de livres, don de Berque remis aux Algériens conformément à sa volonté.
Remis à l'Algérie en mars 2000, ce premier fonds documentaire se compose de 383 livres en français, 482 en arabe et 10 manuscrits provenant de sa bibliothèque personnelle et se rapportant au monde arabo-musulman. Jacques Berque, qui est l'auteur de nombreux ouvrages, dont quatre traductions du Saint Coran, est décédé en juin 1995 en France.