Biographie

PrAbdelmadjid Meziane

Source APS

Abdelmadjid Meziane, décédé des suites d'une longue maladie, est né le 17 mars 1926 à Tlemcen, dans une grande famille d'intellectuels, théologiens et nationalistes.

Abdelmadjid était descendant en lignée directe de Sid Ahmed Belhadj El Minaoui El Idrisi, savant et théologien d'une haute spiritualité reconnu dans tout le Maghreb arabe, et neveu du cheikh Meziane, initiateur d'une fatwa contre le colonialisme qui fut a l'origine de la Hijra en Syrie, au début du siècle, et qui, lui même est devenu par la suite grand muphti de Bilad Echam (d'Istanbul a Damas).

Petit fils de l'éminent cadi de Tlemcen, cheikh Mokhtar Meziane, enterré à l'intérieur du palais des Zianides -le mechouar- il est le fils de Mohamed Ibn Touhami Meziane, lui même fondateur d'une école privée à Tlemcen et membre de la Jamiaat El ouléma qui lui valu des années de camps de concentration colonial. Élève par sa tante paternelle a El Anbad, Abdelmadjid fréquenta des l'age de 3 ans l'école coranique de Sidi Boumediene El Choaib, et ce qui lui permis d'apprendre par cœur le Coran des l'âge de 9 ans et le fit surnommer par son entourage le "fakih".

Il accéda après l'école publique à la medersa de Tlemcen et fit ses études à l'université de Rabat à la fin des années 1940 en optant pour la philosophie.

Il exerce en qualité d'interprète judiciaire au tribunal de Taza et fut nommé à l'âge de 23 ans secrétaire général du gouvernorat de Taza. Cette période lui permis déjà de côtoyer des personnalités politiques et intellectuelles marquantes de la société Algérienne et marocaine. 

Membre du PPA des l'âge de 16 ans, il rejoignit la révolution en 1954 et fut membre actif du MALG ou on retient essentiellement qu'il fut au coté de Aissa Messaoudi, l'une des voix les plus célèbre de la radio de "l'Algérie libre et combattante".

De 59 à 62, il assuma des fonctions politiques dont secrétaire général de la fédération FLN au Maroc, et son domicile était connu pour être un des principaux lieu de rencontre des responsables politiques de la révolution.

En 1962, Abdelmadjid Meziane fut désigné dès le cessez-le-feu comme préfet de la Saoura pour sa connaissance et sa maîtrise des problèmes frontaliers.

En 1963, il assuma pendant quelques mois la fonction de préfet d'Oran et fut nommé par la suite comme directeur de cabinet à la présidence de la République, période pendant laquelle il assuma conjointement les fonctions de secrétaire général du ministère de l'intérieur.

En juin 1965, il se retire à Tlemcen et enseigna la sociologie à l'université d'Oran et d'Alger, l'École Nationale d'Administration où il forma plusieurs générations de cadres.

En 1981, il fut désigné en qualité de recteur de l'université d'Alger, puis ministre de la culture et enfin ministre de la culture et du tourisme de 1982 a 1986.

En janvier 1998, il est installé à la tête de la nouvelle instance qu'est le Haut Conseil Islamique, poste qu'il occupait jusqu'a son décès.

Sur le plan intellectuel, la vie de Abdelmadjid Meziane s'est caractérisée par une intense activité.

Ses études de philosophie ont été complétées par des études de sociologie, de psychologie et très tôt son intérêt pour l'islamologie l'a amené à développer le dialogue islamo-chretien dont il fut un fervent animateur au coté d'éminents islamologues et notamment à travers la revue "Islamo-Christina" dont il était un des membres fondateurs dans les années 1950.

Jouissant d'une grande culture, il anima a la télévision une longue série d'émission avec le professeur Abdellah Cheriet sur la sociologie de l'Algérie (1970).

Durant la même période, et pendant plusieurs années consécutives, il a donne une série de cours et conférences sur la connaissance de l'islam à l'intention d'éminents membres de l'église chrétienne, et qui se sont déroulés à l'institut pontificale des hautes études arabes rattachées au Vatican.

Auteur de plusieurs centaines d'articles, de conférences, de communications ayant trait à l'islam, la pensée politique, la culture, la sociologie et particulièrement la sociologie de l'Algérie, il est l'auteur d'une volumineuse thèse consacrée a la pensée économique d'Ibn Khaldoun qui lui valut d'être reconnu comme l'un des fondateurs de la pensée neo-khaldonnienne.

Il était membre de Beit El Hikma a Tunis, de l'académie arabe du Caire, de l'académie royale au Maroc et l'académie de la langue arabe en Algérie.

Ses remarquables communications lors de multiples séminaires et rencontres internationaux l'ont hissé au niveau des penseurs musulmans les plus ouverts sur la modernité et l'universalisme.

Durant ses dernières années, malgré ses problèmes de santé et alors qu'il se battait contre une grave maladie incurable, il a anime une série d'émissions sur la connaissance de l'islam a antenne II, et a organise au titre du haut conseil islamique des rencontres sur "l'image de l'islam avec les media étrangers », "l'apport de l'islam a l'éthique médicale", "islam et démocratie" et "les droits de l'enfant et de la femme dans l'islam". Le dernier séminaire qui lui valut une levée de bouclier a permis de relancer les débats sur une question qui lui tenait le plus a cœur comme il aimait à le dire: les droits et la dignité des femmes.

Homme d'une grande culture, d'une infinie tolérance religieuse et qui se battait contre tous les intégrismes , d'une rigueur morale reconnue même par ses détracteurs, il a continué à préparer deux séminaires internationaux: l'un sur "le rapprochement entre les rites musulmans" et l'autre sur SAINT-AUGUSTIN  dont il est un spécialiste. La maladie ne lui aura pas permis de terminer cette œuvre.

                         Qu'il repose en paix, et que Dieu l'accueille dans sa miséricorde.